Sensibilisation

Le vrai coût de la solitude chez les aînés (ce n'est pas qu'émotionnel)

La solitude chez les aînés est un coût documenté en santé et en dollars. Voici ce que dit vraiment la recherche sur le total au Canada.

Par Daniel Olaleye9 min de lecture
Les mains d'une personne âgée jointes sur un cardigan tricoté brun

Vous pensez à la solitude comme à quelque chose d'émotionnel. Votre mère ne semble pas malheureuse au téléphone, et la fin du club de bridge a été décevante mais pas catastrophique. Quand des articles parlent d'« épidémie » de solitude ou la comparent au tabagisme, le cadre paraît théâtral pour ce que vous voyez réellement.

Il ne l'est pas. Le coût de l'isolement social chez les aînés est documenté en trois catégories : santé, dollars du système de santé, et temps et argent de la famille. Les chiffres sont plus gros que la plupart des familles ne le pensent, et une bonne partie du coût est évitable. Ce billet parcourt ce que dit vraiment la recherche, avec un cadrage canadien là où les données existent et un cadrage américain là où c'est la meilleure preuve disponible.

Le coût pour la santé

L'avis 2023 du Surgeon General sur la déconnexion sociale a posé le chiffre le plus cité : l'effet de la déconnexion sociale sur la mortalité est « semblable à celui causé par la consommation de jusqu'à 15 cigarettes par jour ». Ce n'est pas une métaphore. C'est une fourchette tirée de méta-analyses d'études de cohorte de longue durée, dont la méta-analyse fondatrice Holt-Lunstad et coll. 2010 dans PLoS Medicine, qui a trouvé une probabilité de survie accrue de 50 % chez les aînés ayant des relations sociales plus fortes.

Les résultats par maladie sont tout aussi nets :

Au Canada en particulier, l'Enquête canadienne sur la santé des aînés 2019-2020 a trouvé que 19 % des Canadiens de 65 ans et plus rapportent de la solitude, montant à 31 % chez les Canadiens veufs, 32 % chez les séparés ou divorcés, et 29 % chez les jamais mariés. Les personnes les plus exposées au coût sont celles qui ont perdu le plus de conjoints, d'amis et de routines.

Le coût pour la santé n'est pas la solitude elle-même. C'est ce avec quoi la solitude se cumule : moins bouger, dormir moins bien, moins bien se nourrir, moins suivre la médication, moins d'attention aux symptômes précoces, moins de gens pour remarquer que quelque chose cloche. Chacun de ces éléments est un petit coût. Ensemble, ils s'additionnent.

Le coût pour le système de santé

C'est là que la recherche devient précise.

Le chiffre le plus cité vient d'une analyse 2017 de l'AARP des données Medicare américaines, publiée dans Health Affairs par Flowers et coll. : un manque de contacts sociaux chez les aînés est associé à environ 6,7 milliards $ US de dépenses Medicare supplémentaires par année, ou 1 608 $ de plus par aîné isolé par année. Les bénéficiaires isolés étaient 29 % plus susceptibles d'avoir besoin d'un établissement de soins infirmiers, et les dépenses supplémentaires se concentraient dans les soins hospitaliers et les séjours en CHSLD.

Cette étude est américaine. Les calculs équivalents canadiens n'existent pas encore avec la même précision. Mais les données hospitalières canadiennes pointent dans le même sens. Selon l'Institut canadien d'information sur la santé, 1 patient sur 11 est réadmis à l'hôpital dans les 30 jours suivant son congé, ce qui coûte au système 2,3 milliards $ par année. Les aînés sont le groupe le plus à risque pour ces réadmissions à 30 jours. Le facteur de risque modifiable le plus étudié, au-delà de l'état clinique, est de savoir si le patient a une personne fiable qui le soutient à la maison pendant la fenêtre post-congé.

Le Canada a aussi des données solides sur les chutes, qui amorcent ou terminent souvent la cascade d'isolement. L'Agence de la santé publique du Canada a rapporté que le coût direct des blessures liées aux chutes chez les Canadiens de 65 ans et plus était de 5,6 milliards $ en 2018, et plus du tiers des aînés hospitalisés pour une chute sont orientés en soins de longue durée.

Je serai franc : les chiffres en dollars les plus solides ici sont américains. Les analyses économiques canadiennes sur les coûts de l'isolement social sont plus rares, en partie parce que notre modèle de santé universel décentralise le suivi des dépenses, et en partie parce que personne n'a encore fait l'équivalent de l'étude Flowers pour le Canada. La direction est bien reproduite à l'international ; c'est le chiffre canadien précis qui manque.

Le coût pour la famille

Le même isolement qui fait monter les coûts de santé fait monter les coûts familiaux.

Les Canadiens qui offrent des soins non rémunérés à un parent absorbent déjà un coût important non mesuré. L'enquête Caring in Canada 2024 du Centre canadien d'excellence en aidance a trouvé que la moitié des Canadiens offrant des soins non rémunérés ont vécu un stress financier au cours de la dernière année à cause des soins ; 22 % ont dépensé plus de 1 000 $ par mois de leur poche. La charge de soins moyenne quotidienne est de 5,1 heures, soit l'équivalent de la majeure partie d'un emploi à temps plein.

Quand un parent est plus isolé, ce coût grimpe. Un visiteur hebdomadaire, un service de livraison de repas, plus de vols, plus de crises imprévues, plus de visites médicales, plus de journées de travail manquées pour l'enfant adulte. L'étude Statistique Canada 2022 sur l'aidance à distance a trouvé que 62 % des Canadiens qui prennent soin d'un parent à plus d'une demi-journée de voyage ont engagé des frais supplémentaires, et 40 % ont manqué des journées entières de travail en conséquence.

Si le parent n'avait jamais été isolé, une grande partie de ces coûts ne serait pas survenue. La nature cumulative de l'isolement à un stade tardif est la principale raison pour laquelle les calculs deviennent si défavorables si vite.

L'asymétrie entre prévention et crise

Voici le calcul central que les familles ratent jusqu'à ce qu'il soit trop tard.

Un Kin hebdomadaire chez votre parent coûte environ 25 $ à 40 $ de l'heure dans les grandes villes canadiennes. Une visite de deux heures par semaine coûte entre 2 500 $ et 4 000 $ par année.

Une seule réadmission à l'hôpital représente en moyenne des milliers de dollars en coûts directs pour le système (et du travail perdu pour la famille). Une seule admission en soins de longue durée peut coûter entre 3 000 $ et 7 000 $ par mois selon la province et le niveau de soins. Une chute qui mène à l'hospitalisation porte environ une chance sur trois d'aboutir à un congé vers un CHSLD.

L'asymétrie est énorme. Dépenser quelques milliers de dollars par année en prévention a le potentiel de prévenir des dizaines de milliers de dollars de dépenses en crise, une qualité de vie réduite, et du temps de la famille. Les calculs sont les mêmes que la dépense préventive soit privée (un Kin payé), publique (soins à domicile subventionnés) ou en temps familial (un frère ou une sœur qui habite plus près).

Ce n'est pas hypothétique. C'est pourquoi la majorité de la recherche sur les interventions de vieillir-chez-soi se concentre du côté préventif : une visite hebdomadaire structurée, une routine d'exercice, des modifications du domicile, une ancre sociale. Aucune n'est coûteuse ; toutes modifient matériellement la facture éventuelle de soins.

Ce qui aide

Trois choses, classées par force des preuves :

  • Faites entrer une paire d'yeux à la maison chaque semaine. Un voisin, un frère ou une sœur, un Kin payé, un ami qui passe. La fréquence compte plus que la profondeur. Hebdomadaire est la bonne cadence ; mensuel rate trop de choses.
  • Défendez une ancre sociale. Club de bridge, café après la messe, groupe de marche, appel du mardi avec la nièce. Le Rush Memory and Aging Project a trouvé qu'un point d'écart sur une échelle d'activité sociale habituelle était associé à un déclin cognitif 47 % plus lent, selon Buchman et coll. 2009. Une chose, hebdomadaire, avec une personne précise.
  • Faites les bases de la sécurité du domicile maintenant. Barres d'appui, meilleur éclairage, tapis fixés, tapis antidérapant dans la douche. La recherche trouve 30 à 50 % des chutes sont causées par des dangers environnementaux dans la maison ; un samedi après-midi et quelques centaines de dollars chez Canadian Tire, c'est honnêtement l'intervention la plus rentable de tout ce billet.

Si vous ne devez retenir qu'une chose

Le coût de la solitude chez les aînés ne se paie pas en sentiments. Il se paie en hospitalisations, en orientations en soins de longue durée, en blessures liées aux chutes, en temps familial, et en érosion lente de l'autonomie qui se termine par une transition que personne ne voulait.

Les calculs sont impitoyables. Les dépenses au stade de crise dépassent les dépenses au stade préventif d'un ordre de grandeur ou plus. L'intervention avec le soutien de recherche le plus solide est aussi la moins chère : une personne fiable à la maison, chaque semaine. Si votre parent n'en a pas, c'est le geste à faire. Cette semaine.

Pour les guides apparentés, nos 10 signes que votre parent vieillissant se sent seul couvrent le repérage, ce qui arrive quand les aînés cessent de socialiser couvre la cascade, et notre guide d'accompagnement à distance couvre le système autour de la semaine de votre parent.

À propos de l'auteur

Daniel Olaleye est le fondateur de Halekin, un service canadien d'accompagnement qui jumelle les familles avec des Kin de confiance qui visitent leurs proches chaque semaine. Il écrit sur l'accompagnement à distance, le vieillissement chez soi et ce dont les familles ont vraiment besoin d'un compagnon. Joignez-le à founder@halekin.ca.

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